
Il y a ceux qui se contentent d’y dormir et lui confectionne, dès potron-minet, une tête au carré pour l’oublier toute la journée… et ceux qui en font le théâtre de leur vie, un espace hybride où l’on y bosse, ripaille, scrolle, consomme du contenu, regarde des séries voire socialise avec potes ou famille. Une tendance apparue sur TikTok en 2023 qui porte même un nom, le bed rotting, autrement dit… pourrir dans son lit ! Impulsé par la génération Z, ce phénomène s’inscrit dans la mouvance du télétravail post Covid mais aussi dans la culture du cocooning, de la recherche du confort maximal et de la valorisation du repos comme nouveau luxe, en réaction à la pression de la performance et de l’hyperproductivité. Si ne plus considérer son lit seulement comme un meuble destiné au sommeil n’est pas forcément nouveau (l’histoire nous rappelle que les chambres aristocratiques étaient déjà des lieux de réception), ce concept a, ces derniers temps, pris sa place dans la communication de moults marques.
Celles du secteur du mobilier bien sûr – à l’image de ce que proposait il y a déjà 15 ans, le pionnier Ikéa en mettant en scène ses lits lors d’événements grand public sous la houlette de la très créative agence ubi – mais pas que… car aujourd’hui le design, l’art, le luxe et la mode se sont aussi emparés de cette tendance. C’est ainsi que l’on a vu, lors des récentes Design Weeks de Paris, trôner dans la cour de l’hôtel de la Marine un baldaquin de 41 m2 sur lequel le public pouvait se prélasser ou encore ce lit XXL allongé en pleine cour des jardins de l’hôtel Plaza Athénée, les deux initiatives ayant été imaginées par le même collectif artistique Uchronia pour différentes enseignes. Du côté des défilés, on a vu fleurir des scénographies autour du lit, mettant en scène le vêtement de nuit quittant la chambre pour devenir tenue de rue comme l’a fait Dolce & Gabbana avec son défilé printemps-été 2026 aux allures de pyjama party.
Dans un registre plus événementiel, les marques ont actionné ce levier en développant de plus en plus d’expériences de vivre ensemble autour du thème. Ainsi, il y a quelques mois, la Fondation Louis Vuitton accueillait Sleep, un concert du musicien Max Richter se produisant toute la nuit devant une centaine de spectateurs alités, un peu sur le modèle des projections de ciné dans des lits doubles, des cinémas éphémères avec matelas ou encore des festivals où le public fait la fête en position couchée. Le lit est bien devenu un lieu d’événement qui a fait évoluer ce meuble en espace culturel et/ou artistique, propice à de l’expérientiel immersif : dormir dans un magasin avec Ikéa, assister à un spectacle allongé chez Louis Vuitton, défiler dans une chambre pour Dolce & Gabbana, inviter des visiteurs à passer une nuit dans un musée ou un stade à l’image de ce qu’ont fait Airbnb, Accor ou Maisons du monde, transformer son lit en œuvre d’art à l’instar des performances de Marina Abramovic… Bref, vous l’avez compris, le lit est The place to be et si vous ne voulez pas endormir votre com… il va falloir passer à l’horizontal !

