En deux mots

Quand la chouquette se sucre sur votre dos

Qui n’a jamais eu la surprise, un beau matin, de voir débouler dans les bureaux son N+1 les bras chargés de viennoiseries ? Une douce attention qui a sans nul doute régalé vos papilles, peut-être même votre cerveau en vous faisant penser que, décidément, N+1 était vraiment trop cool ! Mais ça, c’est plutôt l’effet foudroyant de la dopamine, l’hormone du bonheur, déclenchée par l’absorption du sucre… Car, si l’on en croit Nicolas Santolaria, ce petit geste pâtissier du matin n’aurait rien d’anodin et il l’explique dans un livre très drôle (*) : Le syndrome de la chouquette ou la tyrannie sucrée de la vie de bureau. Cet auteur, par ailleurs journaliste (chroniques Bureau-Tics du Monde), y décrypte les rites de l’entreprise avec beaucoup de justesse et d’humour à travers des situations que l’on connaît tous… du collègue qui use et abuse des termes « in ingliche » à celui qui se retient aller aux toilettes du bureau, en passant par la fameuse « vendredite », pathologie salariale incitant les métabolismes à anticiper le week-end avec 24 heures d’avance… Et, parmi ces chroniques très bien écrites, celle concernant la fameuse chouquette qui ne serait pas seulement une pâtisserie constellée de petits cristaux blancs mais également un message subliminal. Celui d’un rappel à la fonction nourricière de la hiérarchie, une sorte de dynamique paternaliste cachée derrière ce petit rituel décontracté que Nicolas Santolaria nomme le chouquette management. S’il explique avec humour ne pas savoir pourquoi la chouquette a, depuis une dizaine d’années, supplanté le croissant/pain au chocolat dans les espaces de travail, il se remémore son enfance quand la boulangère du coin lui glissait une petite chouquette à chaque visite. Était-ce parce qu’elle trouvait ce petit garçon si mignon ou avait-elle en arrière-pensée la simple envie de fidéliser sa clientèle ? Il établit donc un parallèle avec l’univers du travail en se posant la question d’une possible douce manipulation pour étendre sa pensée vers une éventuelle volonté d’asservissement et d’affirmation de pouvoir. Vous ne verrez donc plus jamais d’un même œil N+1 débarquer avec son petit sachet même si vous n’avez pas, finalement, besoin de lui pour vous jeter sur des Haribo ou barres chocolatées en tout genre… Car, si manipulation il y a, c’est le plus souvent celle de notre cerveau se shootant au sucre pour supporter le quotidien. Un mode de révolution glycémique des tensions… comme le souligne ce fin observateur de la vie en entreprise.

(*) Éditions Anamosa

 

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