
Vous n’avez pas pu y échapper ! Les citrouilles d’Halloween et leur cohorte de goodies ont envahi les têtes de gondole du moindre supermarché, quasiment dès la rentrée scolaire… conférant, de par leur très précoce installation, un petit côté schizophrène à notre calendrier habituel. Il fallait donc logiquement s’attendre à ce que sorte – au milieu de cette débauche marketing de plus ou moins bon goût – la bonne petite opé événementielle qui marquerait les esprits vivants… ou morts ! Et, c’est l’easyHotel Paris Nord Aubervilliers qui va vous envoyer à trépas avec un concours nommé « Best sleep ever… forever » permettant de gagner une nuit dans un cercueil « équipé de notre nouveau matelas de 30 cm d’épaisseur confortable à mort !». Après Airbnb et sa nuit dans les catacombes parmi 6 millions de squelettes, le wagon SNCF transformé en train fantôme, le drive-in en parcours de maison hantée de Taco Bell… nous voilà au stade ultime de l’expérientiel morbide, puisqu’il est sûr que dans le genre, dormir dans un cercueil est d’un level assez mortel !
Mais, dépassons ces petits clins d’œil événementiels liés à Halloween, pour se pencher à l’approche de la Toussaint, sur ce qui serait devenue une tendance : le funéraire s’événementialise. Figurez-vous qu’il existe désormais des funeral planners accompagnant les familles dans la conception et la production d’un hommage personnalisé. À l’image du wedding planner pour un mariage, ils peuvent aider à̀ mettre en scène la cérémonie en bookant les intervenants pour les prises de parole, la musique, les photographies, la décoration, la restauration et bien sûr le lieu adapté. D’ailleurs, en parlant de lieux, certains se seraient positionnés sur ce créneau, à l’instar du Solaris, ancien auditorium Art déco situé à proximité du Père-Lachaise. Derrière cette évolution du classique « petit verre d’adieu » se dessinerait donc une approche plus profonde : faire de ce rassemblement d’au revoir un événement construit qui soit marquant, en célébrant la vie du défunt et en créant un temps d’émotion organisé entre les participants. Ce serait donc bien une forme d’événementialisation, au sens où l’on compose un moment collectif éphémère au sein d’un lieu avec un message et un programme.
Bon, on n’en n’est pas encore au stade du mur d’images, des effets pyrotechniques, de la scénographie immersive… bien qu’il existe déjà quelques analogies parfois surprenantes. Ainsi, par exemple, la possibilité de diffuser des obsèques en streaming pour les absents, des animations au cours desquelles les proches dessinent ou écrivent des mots directement sur des cercueils en carton customisables, des QR codes ou puces NFC apposés sur les stèles pour se plonger dans une biographie et même des lignes de vêtements mortuaires en matières éco-responsables ! Sans oublier cette exponentielle offre marketing pour cercueils et urnes, entre ceux en amidon ou en osier et celles devenant nichoirs pour oiseaux ou s’enterrant au pied d’un arbre… Avec le développement de cette personnalisation et de cette mise en scène du souvenir, on ne serait pas surpris de voir apparaitre les mots de storytelling et expérientiel dans les brochures funéraires. Il faut dire que sans faire d’humour noir… le marché est porteur !

